La science du thé : botanique, chimie, terroir et grades

Thés et infusions · Guide expert · Seconde partie

Publié le 1er septembre 2026 · Lecture 20 min · Par l'équipe MY SWEET TEA

La plante, la chimie, le terroir, les grades et l'eau : ce qui se passe avant votre tasse.

Cette seconde partie va sous le capot. Pourquoi deux variétés d'un même arbuste ne donnent pas les mêmes thés, ce qui se passe réellement dans la feuille au moment de l'oxydation, ce que l'ombrage change vraiment, ce que valent les lettres SFTGFOP, et pourquoi votre eau compte plus que votre thé.

Vous cherchez plutôt à choisir un thé ? Commencez par la première partie de ce guide, qui présente les six familles, la théine et notre sélection.

À retenir

  • L'oxydation ne détruit rien : elle convertit. Les catéchines passent de 10 à 19 % du poids sec dans un thé vert à 1,4 à 3,6 % dans un thé noir, devenues théaflavines et théarubigines.
  • La variété cambodiensis que citent presque tous les sites français n'est pas un taxon botanique accepté.
  • L'ombrage fait chuter les catéchines de 38 à 47 % et monter la chlorophylle d'un facteur 1,4. Sur la théanine, la littérature est partagée : c'est le rapport qui explique l'umami, pas la quantité.
  • Aucun organisme ne régule les grades SFTGFOP : ce sont des auto-déclarations commerciales, inconnues en Chine et au Japon.
  • Une eau très dure divise par 2,4 les catéchines de votre tasse, et le « TDS optimal » que l'on voit partout est importé du café.

1. La botanique : deux variétés qui comptent, cinq reconnues

Une seule espèce, donc, mais pas un seul arbuste. Deux variétés structurent le commerce mondial, et elles ne donnent pas les mêmes thés.

Critère var. sinensis var. assamica
Feuille Petite, 4 à 8 cm, coriace, dentelée Grande, 15 à 20 cm, souple, brillante
Port Arbuste buissonnant à tiges multiples Arbre à tronc unique, jusqu'à 15 à 20 m à l'état sauvage
Froid Tolérante. Elle permet la culture au Japon, en Turquie, en Géorgie Tropicale, sensible au gel
Profil Plus d'acides aminés, catéchines moins galloylées. Les grands thés verts Plus de catéchines totales et de caféine. Les thés noirs corsés, le pu-erh

Un détail génétique éclaire la suite : les deux variétés ont des histoires évolutives distinctes et ont été domestiquées séparément. Deux gènes portent une signature de sélection forte, l'un sur la voie de la caféine, l'autre sur celle des catéchines. L'homme a donc sélectionné, sans le savoir, exactement les deux molécules qui font le goût et l'effet du thé.

⚠️ La « troisième variété » qui n'existe pas

Beaucoup de sites francophones présentent Camellia sinensis var. cambodiensis comme un troisième pilier, à côté de sinensis et assamica. Ce taxon n'est pas accepté par Plants of the World Online, la référence en nomenclature botanique du jardin de Kew. Les cinq variétés acceptées sont sinensis, assamica, dehungensis, madoensis et pubilimba, les trois dernières étant marginales. Le « thé du Cambodge » est aujourd'hui traité comme une forme intermédiaire, pas comme une variété botanique.

Le cultivar, cette variable que personne ne regarde

Sous la variété, il y a le cultivar : une lignée sélectionnée et propagée par bouturage, l'équivalent du cépage en viticulture. Deux cultivars plantés côte à côte, cueillis le même jour et travaillés de la même façon, ne donneront pas la même tasse.

Le cas Japonais est spectaculaire. Le cultivar Yabukita, sélectionné par Sugiyama Hikosaburō à Shizuoka en 1908 et enregistré en 1953, occupait encore 77 % de la surface plantée du pays en 2010. Il n'en représente plus que 64 % à l'exercice 2024, selon le ministère Japonais de l'Agriculture. Le chiffre varie fortement selon les régions : 88 % à Shizuoka, 53 % à Kyoto, 29 % à Kagoshima. Presque tous les sites français répètent encore « 75 à 80 % ». C'est périmé, et la tendance compte : le Japon diversifie.

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2. Le geste qui fait la famille : oxydation, fixation, fermentation

C'est ici que se joue tout le reste, et c'est ici que les guides francophones sont les plus approximatifs. Trois mots reviennent, ils ne sont pas interchangeables, et les confondre fait dire n'importe quoi.

Ce qui se passe réellement dans la feuille

Une feuille de thé fraîche contient deux choses qui ne se rencontrent jamais. D'un côté, les catéchines, enfermées dans la vacuole de la cellule. De l'autre, une enzyme, la polyphénol oxydase, logée dans les plastes. Tant que la cellule est intacte, rien ne se produit.

C'est le roulage qui rompt les compartiments et met les deux en présence. Voilà pourquoi l'oxydation n'est pas un abandon passif, mais une conséquence mécanique : on écrase, on déchire, on met en contact. Ce mécanisme, presque jamais raconté en français, explique aussi pourquoi un thé blanc, qui n'est ni roulé ni brassé, reste très peu oxydé alors qu'il sèche à l'air libre pendant des heures.

Une fois la rencontre faite, la cascade s'enchaîne. Les catéchines deviennent des quinones, deux quinones se couplent en perdant un carbone sous forme de gaz carbonique, et il se forme un squelette moléculaire particulier, la benzotropolone, qui est la signature des théaflavines. Ces molécules donnent au thé noir son rouge orangé vif et son mordant. Elles se polymérisent ensuite en théarubigines, plus grosses, plus brunes, qui apportent le corps et la couleur profonde. À elles deux, ces familles représentent environ 20 % du poids sec de l'extrait d'un thé noir.

Le chiffre qui remet les idées en place

On lit partout que « le thé noir a perdu ses antioxydants ». C'est une lecture paresseuse. Voici les catéchines totales mesurées par famille, en milligrammes par gramme de matière sèche, dans une revue comparative de 2022 portant sur les six familles.

Famille Catéchines (mg/g sec) Soit environ
Thé vert 96 à 191 10 à 19 % du poids sec
Thé blanc 101 à 154 10 à 15 %
Thé jaune 75 à 129 7,5 à 13 %
Oolong 73 à 114 7 à 11 %
Thé sombre 13 à 46 1,3 à 4,5 %
Thé noir 14 à 36 1,4 à 3,6 %

L'écart est réel, mais la conclusion à en tirer n'est pas « le thé noir est appauvri ». Les catéchines n'ont pas disparu : elles se sont transformées en théaflavines et en théarubigines, qui sont elles-mêmes des polyphénols. L'oxydation ne détruit pas, elle convertit. Dire l'inverse revient à prétendre qu'un raisin transformé en vin a « perdu » son sucre.

La fixation : deux écoles, deux thés verts

Pour obtenir un thé vert, il faut au contraire empêcher la rencontre. On dénature les enzymes par la chaleur, une étape que l'ISO appelle sobrement inactivation enzymatique et que le Chinois nomme 杀青 shā qīng, littéralement « tuer le vert ». Deux traditions coexistent, et elles ne donnent pas le même thé.

À la vapeur, au Japon. Une vapeur sous pression, à 200 à 240 °C, pendant 7 à 8 secondes seulement. Le procédé se décline ensuite en durées d'étuvage : asamushi 20 à 40 secondes, chumushi 40 à 80, fukamushi 80 à 200. Résultat : la note marine et végétale caractéristique des sencha.

Au wok, en Chine. Un contact sec avec le métal, à 180 à 200 °C, pendant 8 à 10 minutes. Résultat : la note grillée, de châtaigne et de haricot, d'un Longjing.

Contrairement à ce qu'on lit souvent, la vapeur ne « préserve pas tout mieux ». Elle conserve mieux les catéchines, mais moins bien les acides aminés, dont le wok garde davantage. Ce sont deux compromis, pas une hiérarchie.

? Il n'y a pas de température magique

On lit souvent que « la polyphénol oxydase se dénature à 80 °C ». La seule étude de cinétique thermique publiée sur cette enzyme dans le thé teste 60, 70, 80 et 90 °C et ne trouve aucune activité résiduelle à aucune de ces températures. Elle révèle en revanche plusieurs isoenzymes, dont une fraction résistante à la chaleur. Ce qui compte n'est donc pas de franchir un seuil, mais de porter le cœur de la feuille assez vite et assez uniformément au-dessus de 60 à 70 °C, avant que le roulage ne libère les catéchines.

⚠️ Non, le thé noir n'est pas « fermenté »

C'est l'erreur la plus répandue du vocabulaire français du thé, et elle est tranchée par la norme. ISO 20715 emploie le terme aeration, l'aération, pour le thé noir, et réserve piling fermentation, la fermentation en tas, au seul thé sombre. C'est la seule des six familles où la norme mentionne une activité microbienne. Le thé noir est oxydé par ses propres enzymes ; le pu-erh est fermenté par des micro-organismes. Deux phénomènes, deux mots. Corollaire : un pu-erh cuit n'est pas un pu-erh cru accéléré, c'est une trajectoire chimique différente.

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Le thé jaune, la famille oubliée

Il mérite un mot, parce qu'il est le seul cas particulier des six. Après la fixation, les feuilles encore chaudes et humides sont empilées et enveloppées dans du papier ou de la toile, et on les laisse « étouffer ». Les enzymes ayant déjà été détruites, la transformation qui suit est non enzymatique : une oxydation lente sous l'effet conjugué de la chaleur et de l'humidité. C'est une oxydation sans enzyme, ce qui en fait un cas unique.

Le résultat est un thé vert débarrassé de son mordant, plus rond, avec une note de miel et de maïs doux. Pourquoi est-il si rare ? Parce que l'étape ajoute plusieurs heures à plusieurs jours au cycle de production, qu'elle est difficile à conduire, et qu'elle ne se paie pas proportionnellement. Le savoir-faire s'est largement perdu au profit du thé vert. Nous n'en proposons pas aujourd'hui : les volumes disponibles à un niveau de qualité qui nous satisfasse restent confidentiels.

3. Ombrage, altitude, saison : ce qui change vraiment en tasse

L'ombrage : la vérité est plus intéressante que la légende

Trois semaines avant la récolte, on couvre les théiers destinés au gyokuro, au tencha et au matcha. Tous les sites français vous diront que « l'ombrage augmente la théanine ». La littérature scientifique est plus nuancée, et plus utile.

Ce qui est solidement établi. Les catéchines chutent : dans un essai d'avril, de 35,96 à 19,12 mg par gramme de matière fraîche sous ombrage fort, soit une baisse de 47 %. La chlorophylle monte : jusqu'à 1,4 fois le témoin, ce qui explique le vert profond de la feuille. Et surtout, le rapport catéchines sur acides aminés s'effondre, de 8,64 à 3,34, soit une chute de 61 %.

Ce qui est discuté. Sur la théanine seule, les travaux se contredisent. Plusieurs équipes observent une biosynthèse racinaire stimulée par l'ombrage, avec surexpression du gène de la théanine synthétase, et un effet qui dépend du cultivar. Une autre ne trouve aucun effet significatif au printemps et une légère baisse en été.

La formulation juste est donc celle-ci : ce n'est pas la théanine seule qui fait la douceur d'un gyokuro, c'est l'effondrement du rapport entre l'amertume et l'umami. La plante, privée de lumière, fabrique moins de composés amers, et ce qui reste ressort. C'est un raisonnement de rapport, pas de quantité. La norme ISO 11287 le confirme indirectement : elle abaisse le minimum de catéchines exigé de 7 à 5 % pour les thés d'ombrage, parce que la norme sait que l'ombrage les fait baisser.

Détail contre-intuitif, rarement dit : plusieurs de ces mêmes travaux trouvent la caféine augmentée sous ombrage. Un gyokuro n'est donc pas un thé « doux » au sens de « peu stimulant ».

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L'altitude : le récit standard est fragile

On répète que l'altitude ralentit la croissance, fait baisser les catéchines et monter les acides aminés. La première moitié est solide, la seconde beaucoup moins.

Les mécanismes non contestés sont réels : l'amplitude thermique entre le jour et la nuit est plus forte, la respiration nocturne de la plante est réduite, la matière s'accumule donc davantage ; la croissance est plus lente, les entre-nœuds plus courts, la feuille plus épaisse et plus dense. Une comparaison directe entre le Guangdong et le Tibet, à matériel végétal identique, trouve en altitude des acides aminés plus élevés et une caféine plus basse. Ces deux effets sont constants d'une étude à l'autre.

En revanche, sur les catéchines, la littérature se contredit franchement : selon le gradient, le cultivar et la latitude, on trouve une baisse ou une hausse. La même comparaison Guangdong contre Tibet trouve les catéchines majeures plus élevées en altitude. Nous préférons vous le dire plutôt que de recopier une règle commode. Ce qui est fiable, c'est que l'altitude déplace nettement le profil aromatique et fait baisser la caféine.

La saison : le millésime existe, mais pas partout

Un théier qui connaît un vrai hiver entre en dormance et accumule des réserves azotées dans ses racines. La théanine, précisément, est synthétisée dans les racines puis transportée vers les pousses. La première récolte de printemps bénéficie donc de tout ce que la plante a mis de côté pendant l'hiver. C'est le fondement du millésime.

Au Japon, l'ichibancha, la première récolte, se cueille de fin avril à mi-mai selon la latitude. Le nibancha, en juin, n'a pas eu d'hiver pour reconstituer les réserves et pousse sous une lumière estivale plus intense : moins de théanine, plus de catéchines, plus d'astringence. C'est exactement pour cela qu'il devient bancha, hojicha ou genmaicha plutôt que grand cru. Le calendrier joue ici le même levier que l'ombrage.

À Darjeeling, quatre récoltes se succèdent. La première, de mars à mai, donne une tasse claire, florale et vive, à l'astringence légère. La deuxième, de mai à juin, donne le fameux caractère muscaté, ambré et fruité. Suivent la récolte de mousson, de juillet à septembre, destinée aux mélanges, et la récolte d'automne, d'octobre à novembre, cuivrée et épicée. Darjeeling, ce sont 87 jardins sur 17 500 hectares, soit environ 0,5 % de la production Indienne. C'est le premier produit Indien à avoir obtenu une indication géographique, en 2004, et une IGP dans l'Union européenne en 2011.

Goûter un Darjeeling Poobong First Flush SFTGFOP1 →

⚠️ Le muscatel : le mécanisme est vrai, l'insecte souvent faux

La note muscatée du deuxième flush est bien associée à la piqûre d'insectes suceurs, cicadelles et thrips, qui déclenche chez le théier une production défensive de terpènes : linalol, géraniol, hotriénol. Le mécanisme est solidement documenté, notamment sur l'Oriental Beauty Taïwanais, où les composés volatils passent de 259 à 565 microgrammes par litre. En revanche, l'espèce exacte à l'œuvre à Darjeeling n'est pas établie dans la littérature scientifique : les sources ne nomment que « jassides et thrips ». Beaucoup de sites attribuent le muscatel à Jacobiasca formosana : c'est la cicadelle de Taïwan, pas celle de Darjeeling.

Ceylan : trois altitudes, et une saison de qualité

Le Sri Lanka classe officiellement ses thés en trois étages : low grown du niveau de la mer à 600 m, mid grown de 600 à 1 200 m, high grown au-dessus de 1 200 m. Sept régions agro-climatiques se répartissent dedans, dont Nuwara Eliya, Dimbula et Uva en haute altitude, Kandy en moyenne, Ruhuna et Sabaragamuwa en basse.

L'organisme officiel des exportateurs décrit le principe des « saisons de qualité » : quand les vents de mousson, une fois délestés de leur humidité en passant la ligne de partage des eaux, apportent un temps frais et sec, la plante est stressée et la tasse gagne en caractère. Le négoce situe traditionnellement la saison d'Uva de juillet à septembre, sous l'effet du kachchan, ce vent sec de sud-ouest qui donne la note mentholée caractéristique. Nous le présentons comme un savoir de négoce, cohérent avec le régime de mousson documenté, et non comme une donnée officielle : la source institutionnelle n'attribue pas de mois à chaque région.

4. Grades et lettres : ce que SFTGFOP veut dire

Vous avez vu ces sigles sur les boîtes : OP, FOP, TGFOP, SFTGFOP1. Ils intimident, et beaucoup de vendeurs les utilisent comme une preuve de qualité. Voici ce qu'ils veulent vraiment dire.

Lettre Signification
O Orange, en référence à la maison d'Orange-Nassau. Aucun rapport avec le fruit ni avec un agrume
P Pekoe, du Chinois 白毫 bái háo, « duvet blanc » : le bourgeon terminal non ouvert
F, G, T Flowery, Golden, Tippy : proportion croissante de bourgeons et de pointes dorées
S Special ou Super, ajouté par le jardin lui-même
B Broken : feuille brisée
1 Un sous-classement interne à l'entreprise, sans définition partagée

La hiérarchie en feuille entière va donc de OP à SFTGFOP1, en passant par FOP, GFOP, TGFOP et FTGFOP. Viennent ensuite les brisés, les fannings et enfin les dust, les poussières, qui sont la matière des sachets industriels. C'est exactement ce qui sépare le vrac du sachet.

Qualité ou apparence ? La réponse honnête

Vous lirez souvent, en français, que « les grades ne décrivent que la taille, jamais la qualité ». C'est une simplification excessive dans l'autre sens. Le grade décrit la taille et l'aspect de la feuille sèche, dont la proportion de bourgeons, ce qui est un indicateur partiel de finesse de cueillette, donc de qualité potentielle. La taille et l'intégrité de la feuille influencent aussi directement la clarté de la liqueur et le temps d'infusion.

Ce qui est exact, en revanche, c'est que le grade ne mesure ni le goût, ni le terroir, ni le millésime, ni le savoir-faire. Et surtout : aucun organisme ne régule ces sigles. Il n'existe aucun cadre normatif international qui les définisse ; la seule norme internationale sur le thé noir, ISO 3720, ne parle pas de grades du tout, mais de composition chimique. Un « SFTGFOP1 » est donc une auto-déclaration du producteur, appliquée différemment d'un jardin à l'autre.

Et ailleurs, on ne classe pas du tout comme ça

Autre point que le web français ignore presque toujours : ce système est d'usage Indien, Sri-Lankais, Kenyan et Africain. Il n'est pas employé en Chine ni au Japon, où il est même largement inconnu.

En Chine, on classe par rangs numérotés propres à chaque thé : 特级 tèjí, le grade extra, puis 一级, 二级 et ainsi de suite. Un tèjí de Longjing et un tèjí de Tieguanyin ne se comparent pas. Et surtout, on classe par date de cueillette : 明前 míngqián, cueilli avant la fête de Qingming vers le 5 avril, et 雨前 yǔqián, avant Guyu vers le 20 avril. C'est la date, pas la lettre, qui fait le prix.

Au Japon, aucun système de lettres. La hiérarchie passe par le type de produit, la récolte, le cultivar, la préfecture et le procédé. Et il faut le dire clairement : « matcha de cérémonie » n'est pas un grade officiel Japonais. C'est une invention commerciale occidentale, commode mais sans base réglementaire.

En Corée, on classe aussi par date : ujeon avant le 20 avril, puis sejak, jungjak et daejak.

Orthodoxe ou CTC : la vraie ligne de partage

Plus utile que les lettres, cette distinction sépare deux mondes. Le procédé orthodoxe roule la feuille sur une table à roulage qui imite le geste manuel : la feuille reste largement entière, la liqueur est complexe et aromatique. Le procédé CTC, pour crush, tear, curl, fait passer la feuille entre des rouleaux dentés qui la broient, la déchirent et l'enroulent en granules réguliers. L'oxydation est très rapide, la liqueur puissante, colorée et bon marché. C'est la matière des sachets et du chaï.

Un chiffre à retenir, et un chiffre à ne pas croire. Le président de la Tea Association of India déclarait en janvier 2026 que près de 90 % de la production Indienne est en CTC. En revanche, le « 90 % de CTC dans le monde » que l'on lit partout est une extrapolation abusive de ce chiffre Indien : nous n'avons trouvé aucune source citable donnant le partage mondial. Ce qu'on peut dire sans risque : le Kenya est massivement CTC, la Chine massivement orthodoxe et verte, le Sri Lanka majoritairement orthodoxe.

5. L'eau : la variable que presque personne ne regarde

Une tasse de thé, c'est plus de 99 % d'eau. Il serait logique de s'y intéresser autant qu'à la feuille. Presque personne ne le fait, et c'est probablement la plus grosse marge de progrès de tous les buveurs de thé français.

Ce que fait une eau dure, mesuré

Une étude de 2021 a infusé le même thé vert dans cinq eaux de dureté croissante, de 21 à 338 ppm de carbonate de calcium, toutes conditions égales par ailleurs. Résultat, pour une tasse de 235 ml :

Eau très douce, 21 ppm : 164,6 mg de catéchines.

Eau très dure, 338 ppm : 67,5 mg. Soit un facteur 2,4. La caféine, elle, ne varie que d'un facteur 1,4 : elle est bien plus stable.

Et le mécanisme n'est pas celui qu'on raconte. Ce n'est pas que « le calcaire empêche l'extraction ». Les catéchines sont bien extraites, puis détruites dans la tasse : l'alcalinité de l'eau dure catalyse leur auto-oxydation, en particulier celle de l'EGC et de l'EGCG. C'est aussi ce qui produit ce voile grisâtre en surface et cette liqueur terne que vous connaissez peut-être.

⚠️ Le « TDS optimal » n'existe pas pour le thé

Vous verrez partout qu'il faudrait une eau à 50 à 150 ppm de résidu sec. Ce chiffre est importé du café, où il correspond à un standard professionnel, et appliqué au thé sans aucune base. Nous n'avons trouvé aucune source scientifique définissant une plage optimale pour le thé, et l'étude ci-dessus conclut plutôt que plus l'eau est douce, mieux c'est. La norme ISO 3103 elle-même ne dit rien de la composition de l'eau au-delà de sa température. Notre conseil : une eau faiblement minéralisée, filtrée ou de source à faible résidu sec, et non une eau minérale riche.

Qui sort en premier ? L'ordre réel de l'extraction

Beaucoup de guides français affirment que « la caféine sort dans les trente premières secondes, les tanins ensuite », et en déduisent qu'un premier jet jeté suffirait à déthéiner un thé. C'est une simplification tirée d'ouvrages anciens, et les mesures la démentent.

Un travail Japonais a comparé l'extraction à froid à une référence chaude, 80 °C pendant 2 minutes prise pour 100 %. Après une heure dans une eau à 10 °C, on retrouve environ 80 % des acides aminés et de la théanine, 70 % de l'EGC, 50 % de la caféine, mais seulement 20 % de l'EGCG. L'ordre réel va donc de la théanine, très soluble et de petite taille, jusqu'à l'EGCG, molécule grosse et galloylée dont la solubilité dépend fortement de la température.

Deux conséquences pratiques. D'abord, l'infusion à froid ne déthéine pas : la moitié de la caféine passe quand même. Il faut une eau glacée, à 0,5 °C, pour descendre sous 20 %. Ensuite, elle n'appauvrit pas le thé, elle le rééquilibre : comme l'EGCG est le principal responsable de l'amertume, une infusion à froid est structurellement douce et umami, non parce qu'on aurait retiré les tanins, mais parce qu'on a changé les proportions.

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6. Ce que ce guide ne vous promettra pas

Vous avez remarqué qu'il n'y a pas eu, jusqu'ici, une seule promesse de bienfait. Ce n'est pas de la prudence excessive : c'est la loi, et la plupart des sites français de thé ne la respectent pas.

Aucune allégation de santé n'est autorisée pour le thé

Le règlement européen 1924/2006 pose un principe d'interdiction générale assorti d'une liste positive : une allégation de santé n'est permise que si elle figure au registre européen des allégations autorisées. Or ce registre ne contient aucune allégation autorisée pour le thé, ni pour Camellia sinensis, ni pour les polyphénols de thé, ni pour les catéchines.

Ce n'est pas un oubli, c'est un refus. Le règlement 2021/77 du 27 janvier 2021 a explicitement refusé d'autoriser l'allégation selon laquelle le thé noir améliorerait la vasodilatation. Les allégations dites botaniques, environ deux mille dossiers déposés, n'ont jamais été évaluées et la Cour de justice de l'Union européenne a confirmé en 2025 qu'elles ne sont pas autorisées. Une seule nuance mérite d'être dite, par honnêteté : l'EFSA a rendu en 2018 un avis favorable sur une allégation « thé noir et amélioration de l'attention », fondée sur sa teneur en caféine. Cet avis n'a jamais été suivi d'un règlement d'autorisation, notamment parce que le Parlement européen s'était opposé en 2016 aux allégations sur la caféine. L'allégation reste donc inutilisable à ce jour.

Pourquoi « détox » et « minceur » sont juridiquement impossibles

C'est la conséquence directe, et elle est méconnue. L'article 10.3 du règlement autorise les références générales et non spécifiques aux bénéfices santé, du type « détox », « minceur », « draine », « purifie », « bien-être », uniquement si elles sont accompagnées d'une allégation de santé spécifique autorisée. Puisqu'aucune allégation autorisée n'existe pour le thé, ces mentions n'ont rien à quoi s'accrocher. Ce n'est pas une zone grise : c'est une impossibilité structurelle.

Deux corollaires du même ordre. Le mot « antioxydant » n'est autorisé, en allégation, que pour six nutriments précis : vitamines C et E, zinc, sélénium, cuivre, manganèse. Jamais pour les polyphénols du thé. Et l'article 12 interdit les allégations sur la vitesse de perte de poids ainsi que les recommandations de professionnels de santé nommés.

Le chiffre qui devrait vous rendre méfiant

En 2019, la DGCCRF a mené une enquête sur les infusions, thés, chocolats, céréales et miels, publiée le 21 juin 2021. Sur plus de trois cents établissements contrôlés, elle a relevé 44 % d'anomalies. Et le détail est éloquent : 38 % en magasin physique, mais 69 % en vente en ligne. Les termes « Détox » et « Superfruit », employés seuls, sont explicitement cités comme motifs de non-conformité, aux côtés de formulations comme « pour lutter contre l'anémie ».

Autrement dit : statistiquement, le site de vente de thé est l'endroit le moins conforme du secteur. Quand vous lisez une promesse santé sur une boutique en ligne, il y a près de sept chances sur dix qu'elle soit illégale. C'est la raison pour laquelle ce guide, long de plus de neuf mille mots, ne vous en fait aucune.

⚠️ À garder en tête

Le thé est une boisson plaisir. Il contient de la caféine, en quantité variable selon le thé, la récolte et surtout votre préparation. Si vous y êtes sensible, réduisez la dose et le temps d'infusion, ou choisissez une infusion sans théine en fin de journée. En cas de grossesse, d'allaitement, ou pour les enfants, limitez la caféine. Ce n'est ni un médicament ni un complément alimentaire, et aucune de ces informations ne remplace un avis médical.

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Questions fréquentes

Que veut dire SFTGFOP sur une boîte de thé ?

Ces lettres décrivent la taille et l'aspect de la feuille sèche, dont la proportion de bourgeons : Super Fine Tippy Golden Flowery Orange Pekoe. Aucun organisme ne régule ces sigles, qui sont une auto-déclaration commerciale d'usage Indien, Sri-Lankais et Africain. Ils sont inconnus en Chine et au Japon, qui classent par date de cueillette et par type de produit.

L'eau du robinet abîme-t-elle le thé ?

Si elle est dure, oui, et de façon mesurée. À conditions égales, une eau à 338 ppm de carbonate de calcium ne laisse que 67,5 mg de catéchines par tasse contre 164,6 mg avec une eau à 21 ppm, un facteur 2,4. Le mécanisme n'est pas un défaut d'extraction mais une auto-oxydation dans la tasse, catalysée par l'alcalinité. Filtrez, ou utilisez une eau faiblement minéralisée.

L'infusion à froid supprime-t-elle la caféine ?

Non. Après une heure dans une eau à 10 °C, environ la moitié de la caféine est déjà passée. Il faut une eau glacée à 0,5 °C pour descendre sous 20 %. Ce que le froid change vraiment, c'est le profil : environ 80 % des acides aminés, 70 % de l'EGC, mais seulement 20 % de l'EGCG amer. La tasse est donc plus douce, pas plus légère en caféine.

L'ombrage augmente-t-il la théanine du gyokuro ?

La littérature est partagée sur ce point précis. Ce qui est solidement mesuré, c'est que les catéchines chutent de 38 à 47 %, que la chlorophylle augmente d'un facteur 1,4, et surtout que le rapport catéchines sur acides aminés s'effondre de 8,64 à 3,34. C'est ce rapport, et non la théanine seule, qui explique la douceur et l'umami d'un gyokuro.

Quelle est la différence entre thé orthodoxe et CTC ?

Le procédé orthodoxe roule la feuille en la préservant largement entière, ce qui donne une liqueur complexe et aromatique. Le CTC, pour crush, tear, curl, broie la feuille entre des rouleaux dentés et l'enroule en granules : liqueur puissante, colorée, économique, c'est la matière des sachets. Près de 90 % de la production Indienne est en CTC.

Le thé fait-il maigrir ou baisser le cholestérol ?

Non, et aucune allégation de santé n'est autorisée pour le thé dans l'Union européenne. Le registre européen ne contient aucune allégation validée pour Camellia sinensis, ses polyphénols ou ses catéchines, et une allégation portant sur le thé noir a été formellement refusée par le règlement 2021/77. Les mentions « détox » et « minceur » sont donc juridiquement inutilisables.

Mettez tout cela dans une tasse

Un cultivar, un terroir, un geste d'atelier et une eau douce : c'est tout ce qu'il y a dans un grand thé. Le reste est une affaire de plaisir.

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Sources et références

  1. ISO 20715:2023, Thé : classification des types de thé, ISO/TC 34/SC 8, mars 2023 — iso.org
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