Hojicha, genmaicha, sumibicha : le goût torréfié
Thés du Japon · Guide des styles
Publié le 13 octobre 2026 · Lecture 7 min · Par l'équipe MY SWEET TEA

Ce que le feu fait vraiment à la feuille, et pourquoi ces trois thés grillés arrivent au bon moment.
Un thé torréfié est un thé vert repassé au feu, entre 150 et 200 °C, après sa fabrication. La chaleur y crée des arômes de noisette, de caramel sec et de pain grillé, et casse l'astringence. Hojicha, genmaicha et sumibicha déclinent ce travail du feu en trois intensités, de la braise discrète au grillé profond.
Vous connaissez le réflexe : thé vert égale herbe fraîche, végétal, printemps. Les thés de cette page prennent le chemin inverse. La feuille passe une seconde fois au feu, et la tasse vire au bois, à la noisette, au caramel sec. En boutique, c'est la famille que nous faisons sentir en premier aux clients qui trouvent le thé vert trop amer.
L'automne 2026 lui donne un second souffle. Le matcha manque, ses prix s'envolent, et le Japon redirige ses champs vers le tencha. Résultat : les amateurs regardent à nouveau du côté du hojicha et du genmaicha. Bonne nouvelle, deux hojicha de Shizuoka viennent justement d'arriver chez nous.
À retenir
- Le hojicha est un thé vert japonais torréfié entre 150 et 200 °C. Le récit le plus répandu le fait naître à Kyoto dans les années 1920, chez un marchand qui grillait ses invendus au feu de charbon.
- La torréfaction ne retire pas la caféine : le hojicha en contient peu parce qu'il est fait de feuilles matures et de tiges (1,95 % de la matière sèche, contre 3,07 % pour un sencha).
- Le genmaicha associe un thé vert resté nature et du riz brun grillé soufflé. À l'origine, le riz servait à faire baisser le prix de la tasse.
- Aux enchères de Kyoto, le tencha de première récolte a bondi de 169 % entre 2024 et 2025 : la tension sur le matcha remet les torréfiés au premier plan.
Sommaire
Qu'est-ce qu'un thé torréfié ?
Hojicha, genmaicha, sumibicha : trois intensités de feu
La fabrication, étape par étape
Le comparatif et la dégustation
Japon, Corée : deux écoles du grillé
Qu'est-ce qu'un thé torréfié ?
Un thé torréfié part d'un thé vert déjà fini : la feuille a été étuvée, roulée, séchée. On la repasse alors au feu, entre 150 et 200 °C. Une étude de référence situe le meilleur équilibre autour de 160 °C pendant une trentaine de minutes. En dessous, le grillé reste timide. Au-dessus, il écrase tout le reste.
À cette température, les sucres et les acides aminés de la feuille réagissent entre eux : c'est la réaction de Maillard, la même qui dore le pain. Elle fabrique des pyrazines, les molécules du grillé et de la noisette. L'une d'elles n'existe dans aucun thé vert non torréfié : sa présence suffit à signer le passage au feu. La chaleur casse aussi une partie des catéchines, ces composés qui serrent la bouche. Voilà pourquoi une tasse de hojicha ne mord jamais.
Une idée reçue à ranger : non, la torréfaction ne « décaféine » pas le thé. Si le hojicha affiche peu de caféine, c'est une affaire de matière première. Il est fait de feuilles matures et de tiges, naturellement moins riches : 1,95 % de la matière sèche, contre 3,07 % pour un sencha. Le feu n'y est pour rien.
Autre repère utile : le hojicha contient environ 22 mg de théanine pour 100 g, là où un gyokuro en affiche autour de 2 500. C'est un thé d'arôme, pas un thé d'umami. On le choisit pour son nez, pas pour sa chair.
Hojicha, genmaicha, sumibicha : trois intensités de feu
Le hojicha, le grillé assumé
Le récit le plus répandu fait naître le hojicha à Kyoto, dans les années 1920 : un marchand de thé, encombré de tiges et de feuilles invendues, les aurait repassées au feu de charbon pour leur donner une seconde vie. Le geste est resté. Le mot désigne aujourd'hui tout thé vert japonais franchement torréfié, à base de bancha (feuilles matures), de kukicha (tiges) ou de karigane (tiges issues de thés fins).
Il n'y avait aucun hojicha à notre catalogue cet été. Deux viennent d'arriver, première récolte 2026, signés Wada Chouji Shouten à Shizuoka : des tiges de Yabukita torréfiées pour le premier, les mêmes tiges rejointes par du riz grillé pour le second.
Hojicha Karigane 2026, tiges de Yabukita torréfiées →
Hojicha Genmai 2026, torréfié au riz grillé →
Le genmaicha, le grillé venu du riz
Le genmaicha ne passe pas lui-même au four : c'est le riz qui apporte le grillé. Du riz brun torréfié, dont quelques grains éclatent comme du maïs soufflé, mélangé à un thé vert resté nature. À l'origine, ce riz servait à faire baisser le prix de la tasse : on étirait le thé avec ce que l'on avait sous la main. Le dépannage est devenu un classique que le Japon boit à toute heure.
Genmaicha, thé vert japonais au riz grillé →
Le sumibicha, le feu discret
Sumibi, c'est le feu de charbon. Un sumibicha n'est pas un thé grillé de bout en bout : c'est un sencha dont le séchage final se fait au charbon de bois. Le nôtre, un Okumidori de 2025, garde son corps de thé vert et son umami, et pose par-dessus une note de braise qui n'arrive qu'en second. La bonne porte d'entrée quand on vient du sencha.
Sumibicha Okumidori 2025, sencha séché au charbon →
La fabrication, étape par étape
Prenons le chemin d'un hojicha de tiges, celui de notre Karigane.
Étape 1 : la base de thé vert
Tout commence comme un sencha. Les feuilles fraîchement cueillies sont étuvées à la vapeur, autour de 100 °C, de 20 à 200 secondes selon le style (ce passage à la vapeur bloque l'oxydation et fige la couleur verte). Elles sont ensuite roulées et séchées.
Étape 2 : le tri
Le thé brut sorti de ferme (aracha, le thé non encore trié) passe en machines de tri. Les tiges partent d'un côté, les feuilles de l'autre. Pour un karigane, ce sont justement les tiges que l'on garde : c'est cette fraction, claire et sucrée, qui ira au feu.
Étape 3 : la torréfaction
Les tiges passent au feu entre 150 et 200 °C, l'optimum sensoriel mesuré se situant autour de 160 °C sur 30 minutes. La matière brunit, perd son humidité résiduelle et gagne ses pyrazines : le vert végétal laisse place au bois, à la noisette, au caramel sec.
Étape 4 : les variantes
Pour un hojicha genmai, le riz torréfié rejoint le thé après le feu. Pour un sumibicha, pas de torréfaction du tout : le charbon de bois n'intervient qu'au séchage final, et la note de feu reste en retrait derrière le thé vert.
Le comparatif et la dégustation
| Thé | La base | La tasse | Le geste |
|---|---|---|---|
| Hojicha Karigane 2026 | Tiges de Yabukita torréfiées (Shizuoka) | Ambrée, bois, noisette, caramel sec | 3 g, 150 ml, 100 °C, 20 s |
| Hojicha Genmai 2026 | Tiges torréfiées et riz grillé | Ambrée, douce, céréale chaude | 3 g, 150 ml, 100 °C, 20 s |
| Genmaicha | Thé vert nature et riz brun grillé | Dorée, riz soufflé, ronde | 3 g, 25 à 30 cl, 80 à 85 °C, 2 à 3 min |
| Sumibicha Okumidori 2025 | Sencha séché au charbon de bois | Vert profond, umami, braise en second | 3 g, 25 à 30 cl, 75 °C, 2 à 3 min |
| Jeju Jungjak | Thé vert coréen torréfié (île de Jeju) | Dorée, noisette grillée, châtaigne | 3 g, 25 à 30 cl, 75 à 80 °C, 2 min |
La dégustation en quatre temps : le Hojicha Karigane
Couleur de la liqueur : ambrée claire, dorée, limpide. Rien du vert d'un sencha.
Nez : bois, noisette, caramel sec et une pointe de cannelle, avec la profondeur d'une torréfaction franchement menée.
Bouche : l'attaque est sucrée, le milieu boisé et clair, la finale courte et propre, sans aucun retour amer.
Texture : fluide, presque légère. Cela surprend pour un thé qui sent aussi fort.
? L'astuce de la théière en verre
Préparez le Karigane dans une théière en verre : les tiges flottent à la surface, puis descendent lentement une à une. C'est cette image qui a donné son nom au thé (karigane évoque l'oie sauvage qui se pose). La préparation devient un petit spectacle.
Japon, Corée : deux écoles du grillé
Le Japon fixe sa feuille à la vapeur, puis joue du feu en finition. La Corée met la poêle au centre du geste : la plupart de ses thés verts sont fixés et séchés au contact du métal chaud (le deokkeum-cha, thé poêlé), un chemin proche des verts chinois. Le grillé n'y est pas un ajout : il naît avec le thé.
Notre Jeju Jungjak vient de l'île volcanique de Jeju, au sud de la péninsule coréenne. Jungjak désigne son rang de cueillette : au printemps, la Corée classe ses récoltes par date, ujeon avant le 20 avril environ, puis sejak, jungjak et daejak. La tasse est dorée, sur la noisette grillée et la châtaigne, avec un fond légèrement fumé.
Thé vert coréen torréfié Jeju Jungjak →
Matcha sous tension : pourquoi le grillé revient
Le contexte 2026 tient en un chiffre. Aux enchères de Kyoto, le tencha de première récolte (la feuille ombrée qui deviendra le matcha) est passé de 5 402 à 14 541 yens le kilo entre 2024 et 2025, une hausse de 169 %. Les producteurs convertissent leurs champs vers ce tencha mieux payé, et la matière des thés du quotidien, bancha, genmaicha, hojicha, se raréfie à son tour. De grandes maisons de Kyoto ont déjà retiré des références de bancha de leur catalogue.
Nous avons raconté cette mécanique en détail dans notre article sur la pénurie de matcha. Le hojicha y gagne un statut inattendu : profil noisette et caramel, prix plus doux, meilleure disponibilité. Il s'installe sur les cartes de boissons des salons et jusque dans la pâtisserie.
Pénurie de matcha 2026 : prix et alternatives →
Thé vert japonais : reconnaître un vrai grand cru →
⚠️ À garder en tête
Un thé torréfié reste un thé : il contient de la caféine, moins qu'un sencha, jamais zéro. Le soir, dosez court et infusez bref si vous y êtes sensible. Le thé est une boisson plaisir, pas un remède : ces informations ne remplacent pas un avis médical.
Questions fréquentes
Le hojicha contient-il de la caféine ?
Oui : environ 1,95 % de la matière sèche, contre 3,07 % pour un sencha. Cette teneur plus basse vient des feuilles matures et des tiges dont il est fait, pas de la torréfaction. Pour comprendre ce que ces chiffres changent dans la tasse, lisez notre article théine ou caféine.
Quelle est la différence entre hojicha et genmaicha ?
Le hojicha est un thé vert torréfié : la feuille ou la tige passe elle-même au feu, entre 150 et 200 °C. Le genmaicha est un thé vert resté nature, mélangé à du riz brun grillé : son côté toasté vient du riz, pas de la feuille. Les deux partagent la même rondeur sans amertume.
Comment préparer un hojicha ?
3 g pour 150 ml d'eau bouillante à 100 °C, 20 secondes : c'est le protocole du producteur de notre Hojicha Karigane. Un thé torréfié réclame toute la chaleur disponible, et la brièveté fait le reste. Réinfusez ensuite deux à trois fois, sur une trentaine de secondes.
Qu'est-ce que le sumibicha ?
Le sumibicha est un sencha dont le séchage final se fait au charbon de bois (sumibi, le feu de charbon). Il garde le corps et l'umami d'un thé vert japonais, avec une note de braise discrète qui n'arrive qu'en second. C'est le plus « thé vert » des trois styles de cette page.
Peut-on préparer un hojicha latte ?
Oui, et son profil noisette et caramel s'y prête très bien. Infusez le hojicha deux fois plus concentré, chauffez votre lait entre 60 et 71 °C, versez. Le Hojicha Genmai, avec son riz grillé, donne la version la plus gourmande.
Le hojicha est-il japonais ou coréen ?
Le hojicha est japonais : le mot et le style naissent au Japon, à Kyoto selon le récit le plus répandu. La Corée produit elle aussi des thés verts au goût grillé, comme notre Jeju Jungjak, mais par un autre chemin : la feuille y est poêlée dès la fabrication.
Sources
- Applied Sciences (MDPI), 2021 : paramètres de torréfaction du thé vert, optimum sensoriel à 160 °C sur 30 minutes, formation des pyrazines.
- National Food Research Institute (Japon) : teneurs en caféine, sencha 3,07 % et hojicha 1,95 % de la matière sèche.
- Umami Information Center : théanine, gyokuro environ 2 500 mg pour 100 g, hojicha 22 mg pour 100 g.
- Camellia Sinensis : durées d'étuvage des thés verts japonais, de 20 à 200 secondes selon le style.
- One With Tea : enchères du tencha de première récolte à Kyoto, 5 402 puis 14 541 yens le kilo (2024, 2025).
- Ippodo Tea, communiqué de février 2026 : hausses des prix producteurs à Kyoto et arrêt de références de bancha.
- Genuine Tea, « Hojicha: origin and history » : le récit du marchand de Kyoto, années 1920.
- Wikipédia, « Genmaicha » : le riz comme ingrédient servant à réduire le prix du thé.
- Fiches et protocoles du producteur Wada Chouji Shouten, récoltes 2025 et 2026, dégustations MY SWEET TEA.
Le feu ne cache pas la feuille, il la traduit : une tige modeste devient caramel et bois, un riz de table devient gourmandise. Commencez par le style le plus proche de vos habitudes, puis montez d'un cran de feu à la tasse suivante.
Choisir votre torréfié
Hojicha, genmaicha, sumibicha et le coréen de Jeju vous attendent parmi nos thés du Japon et nos thés verts. Belle dégustation.